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Accueil - Activités - 2007 : Forum Chine-Europe  
Compte-rendu de l’atelier WS 22

Entre le 4 et le 7 octobre 2007, sur l’initiative de plusieurs organisateurs tel que le Centre des études chinoises à Bruxelles, la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’Homme, l’Association des intellectuels chinois vivant en Europe, l’Université du peuple de Chine, l’Université SUN Yat-sen et l’Université de diplomatie de Chine, 23 villes de 8 pays européens ont accueilli le Second Forum Chine-Europe. Ce forum se donne pour but de créer un dialogue continu et approfondi entre les sociétés européenne et chinoise afin de relever ensemble les défis du monde contemporain.

La première étape du forum consacrée aux ateliers thématiques (27) et socioprofessionnels (19) a eu lieu du 4 au 5 octobre 2007 dans 23 villes de 8 pays européens. Ces ateliers novateurs ont eu pour but principal l’échange des expériences et l’approfondissement du dialogue entre les participants : des représentants chinois et européens partageant les mêmes caractéristiques socioprofessionnelles, ou bien encore des experts des thèmes abordés. Ces deux premiers jours, suivis par les deux séances plénières tenues à Bruxelles, ont été une occasion pour les participants de réfléchir ensemble sur les défis et transformations du monde contemporain, les divergences et convergences entre l’Europe et la Chine, et les éventuelles solutions aux problèmes auxquels chacune des sociétés est confrontée.

L’Atelier Jeunes WS 22

L’association Jeunes décideurs Europe Young Leaders, avec l’Association des Étudiants francophones de Roumanie, ont organisé l’Atelier WS 22 consacré aux jeunes, qui s’est déroulé à Bucarest, la capitale de Roumanie, entre le 4 et le 5 octobre 2007. Cet atelier a regroupé 5 participants chinois et 15 participants européens dont 2 Français, 1 Bulgare, 1 Polonaise, 2 Néerlandais, 1 Italienne, 2 Anglaises, 2 Portugaises, 1 Moldave, 1 Espagnole, 1 Roumain et enfin 1 Tchèque. Cette diversité d’origine mais également de profil socioprofessionnel des participants a encore davantage enrichi le contenu d’un l’atelier qui visait à faciliter la connaissance mutuelle, et par conséquent à mettre en place un dialogue approfondi autours des principaux défis que doivent affronter les jeunes Chinois et Européens.

Afin de faciliter la communication et l’émergence du débat autour des principales problématiques et des transformations des sociétés contemporaines _ et notamment celles concernant les jeunes, telles que les questions d’éducation, les questions économiques et sociales, démographiques et celles liées à la citoyenneté_, l’atelier a été décomposé en 4 séances d’une demi-journée. Les deux premières séances ayant pour but de permettre aux participants de se découvrir et se connaître, elles ont été introduites par les présentations d’une part des participants chinois et d’autre part des participants européens, suivies par des questions et des échanges interactifs au sein du groupe. Une fois exposées les principales caractéristiques et problématiques propres à la Chine puis à l’Europe, les deux dernières séances ont été une occasion de confronter les différentes visions et expériences, et de dégager les défis communs aux deux zones, de même que les divergences et les convergences entre les sociétés chinoise et européenne.

Les principales problématiques et thèmes abordés : défis communs, convergences et divergences entre la société chinoise et la société européenne

La première séance étant consacrée aux présentations des visions et des problématiques chinoises, les participants chinois ont chacun soulevé les défis majeurs auxquels les jeunes de leur pays doivent faire face. Plusieurs thèmes et problématiques ont été abordés, dont les plus importantes étaient : l’immigration de la population rurale vers les zones urbaines ; les problèmes économiques et les difficultés pour les jeunes à entrer sur le marché du travail ; l’impact du développement économique et des nouvelles technologies sur les perspectives et la vie des jeunes, et plus largement sur la société chinoise dans son ensemble ; la croissance des inégalités sociales et économiques ; les conflits inter-générationnels ; et enfin les crispations identitaires engendrées par le rapide développement économique.

En ce qui concerne l’immigration rurale dans les zones urbaines, elle représente l’un des défis majeurs non seulement pour les jeunes mais également pour le gouvernement chinois et la société chinoise dans son ensemble. Comme l’a témoigné Monsieur Sun Heng, Président du « Beijing Cultural Service for Migrant Young Workers », l’immigration rurale dans les grandes villes concerne une très grande partie de la population rurale, et notamment les jeunes, qui, en raison du manque d’emploi et de ressources financières, décident de tenter leur chance dans les grandes villes, que leur plein essor industriel et économique rend avides d’une main d’œuvre bon marché susceptible d’accélérer encore leur croissance. Or, étant donné le développement très rapide de l’économique chinoise, les infrastructures, les villes et les autorités locales ne sont pas préparées pour accueillir les 200 millions de migrants qui viennent s’y installer. Par conséquent, en sus des conditions de vie précaires, ces migrants sont mis également dans une situation irrégulière, car si l’obtention de l’autorisation de travail est quasi automatique, il n’en est pas de même pour le droit de résidence. Étant donné ce décalage entre les phénomènes sociaux et économiques et les ajustements en termes de politiques publiques, les conditions de vie de ces migrants restent très précaires et la sécurité sociale et économique quasi inexistante. Par ailleurs, ce phénomène relativement récent de migration des jeunes gens vers les métropoles et l’expérience, d’une part, des conditions de vie et de travail précaires et, d’autre part, de la solitude aggravée par la pression familiale et sociale _mais aussi par un choc culturel et social considérable_ provoque chez les migrants de nombreux problèmes émotionnels et psychiques qui rendent l’intégration dans les métropoles d’autant plus difficile. À cela, il faut également ajouter une certaine crispation identitaire due à la confrontation des valeurs « traditionnelles » et des valeurs dites « modernes » qui peut être parfois assez brutale. Afin de faire face à tous ces défis liés à l’immigration rurale dans les grandes métropoles, quasiment tous les représentants chinois approuvaient l’idée d’une co-responsabilité civique des citoyens et la nécessité de trouver une solution collective à ces problèmes. C’est d’ailleurs dans cette optique que Sun Heng a décidé de créer une organisation offrant les services culturels (concerts, projet d’ouverture d’un musé du migrant etc.) mais aussi sociaux et économiques (vente d’objets recyclés, ouverture d’une école pour les enfants de migrants etc.) destinée aux migrants ruraux. On a également réfléchi sur l’effet de la mondialisation sur ces conditions de vie, et donc sur le rôle et la responsabilité des pays dits « occidentaux » dans l’émergence et la gestion des problèmes abordés.

Au sujet de la problématique des migrations et des fortes inégalités socio-économiques, d’une part entre les zones rurales et les zones urbaines, et d’autre part au sein des villes elles-mêmes, nous avons en effet trouvé plusieurs corrélations avec ce qui se passe en Europe, à savoir la question des immigrants, le droit au logement des étrangers, mais aussi les questions légales ayant trait à l’octroi des titres de séjour et des autorisations de travail. Malgré les disparités d’ordre dimensionnel et causal entre la migration en Chine et la migration en Europe, le débat autour de cette problématique a bien montré qu’au fond, les deux phénomènes sont assez proches l’un de l’autre, et surtout qu’ils représentent des problèmes cruciaux pour l’ensemble de ces sociétés, chinoise et européennes.

Par ailleurs, mais dans la même logique, les participants chinois et les participants européens ont soulevé le problème des difficultés pour les jeunes à s‘insérer dans la vie professionnelle, notamment en raison du peu d’opportunités d’emploi et de leur manque d’expérience professionnelle par rapport à ce qui est souvent exigé. En même temps, étant donné la grande concurrence entre les diplômés universitaires dont le nombre ne cesse de croître (notamment en Chine), accompagnée par la pression économique et sociale engendrée entre autres par la nécessité de payer les prêts d’études et les engagements envers leurs familles, la sécurité économique devient l’une des principales priorités des jeunes chinois, mais également de leurs homologues européens. La recherche de conditions économiques correctes se fait souvent en dépit de l’engagement civique des jeunes, qui semblent être de moins au moins impliqués _et même intéressés_ par la vie politique et sociale de leur pays, mais elle se fait également au détriment de l’engagement religieux. Pourtant, comme plusieurs participants l’ont souligné, avec la croissante mobilité et l’ « internationalisation » des jeunes _notamment les étudiants_ , les jeunes européens sont souvent quelque peu perplexes par rapport aux différentes possibilités d’action qui leur sont offertes.

Enfin, la troisième grande thématique qui a été abordée au cours de ce dialogue sino-européen portait d’une part sur l’engagement des jeunes dans les mouvements extrémistes et ses implications, et d’autre part sur les différentes visions et « constructions » de l’histoire nationale et internationale, notamment celle ayant trait aux évènements complexes et conflictuels tels que la Seconde Guerre Mondiale ou les relations sino-chinoises. Là encore, de nombreuses similitudes entre l’Europe et la Chine ont été identifiées, avec le constat de la persistance des difficultés à dépasser les diverses controverses et inimitiés qui continuent à faire obstacle à la communication et à la compréhension mutuelle entre les peuples, et qui peuvent même être instrumentalisées et exploitées par des mouvements extrémistes qui sont loin de disparaître de la scène politique. Par conséquent, l’ensemble des participants a insisté sur la nécessité d’approfondir le dialogue et d’un débat ouvert sur cette question, très longtemps restée tabou.

En effet, en ce qui concerne les divergences entre la situation et les défis des jeunes chinois et des jeunes européens, peu de divergences de fond _mises à part les différents rapports à l’espace et la densité de la population_ ont été trouvées. Cette constatation, quelque peu surprenante peut-être, a d’autant plus contrasté avec la diversité des opinions mais aussi des réalités sociales, économiques et politiques au sein des pays européens.

Bilan de l’atelier et propositions et perspectives de poursuite et de l’approfondissement du dialogue et de la coopération

Les deux jours de débats intensifs et diversifiés ont sont doute répondu aux attentes initiales du forum, à savoir améliorer la connaissance et la compréhension mutuelle entre les jeunes gens chinois et les jeunes gens européens. La curiosité réciproque, de même que l’envie de tisser des amitiés qui perdureraient au-delà de cette courte mais unique rencontre, ont permis d’installer un dialogue fructueux entre l’ensemble des participants qui ont tous exprimé l’envie non seulement de continuer d’échanger les expériences et d’approfondir le dialogue entamé à travers les débats au sein de l’atelier, mais également de contribuer d’une façon plus concrète à la recherche des solutions aux défis communs ci-dessus évoqués.

Une fois l’accent mis sur la coopération et l’échange des expériences, plusieurs projets concrets ont été proposés afin qu’une continuité puisse être donnée aux idées « accouchées » au cours de cette rencontre. Parmi eux, les participants ont décidé de créer un site Internet qui servirait d’une part de vecteur de communication en temps réel entre les participants (à travers le blog), et d’autre part à fournir et échanger les textes de toutes sortes (littéraires, journalistiques, thématiques etc.) ou d’autres types d’informations qui permettraient aux jeunes gens européens et chinois de connaître, et donc de mieux comprendre, la culture, la société et les problématiques de leurs homologues. Par ailleurs, une proposition d’élargissement des programmes d’échange dans le cadre du service de volontariat international à la Chine a été avancée, de même que la création d’un réseau Internet qui permette la mise en relation des centres de recherches ou d’autres organisations travaillant sur les problématiques ayant trait aux migrants, aux droits au logement, à la discrimination sociale etc.


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