
Cohn-Bendit chahuté à la Sorbonne
« Le DEBAT sur le traité constitutionnel venait de commencer tranquillement sous les ors de la Sorbonne, devant quelque 350 étudiants. A la tribune, un panel surprenant : Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, Miguel Moratinos, son homologue espagnol, et...Dany Cohn-Bendit, coprésident du groupe Verts au Parlement européen. Un sage étudiant en chemise blanche venait de poser une vraie question de jeune d’aujourd’hui, sérieuse et argumentée, et Dany, en costume rayé, et sous le regard du ministre UMP, commençait d’y répondre. Quand le sifflement assourdissant d’une corne de brume a résonné. Long, strident, sinistre. Le temps que la salle réalise, l’auteur du tapage, une femme d’une cinquantaine d’années, se met à hurler : « Dany, t’es du côté du pouvoir maintenant !...T’as bien réussi ta carrière !...Ils sont tous pour le oui ici !...Dany le jaune, t’es plus un rouge ! »
Une partie de la salle l’applaudit, l’autre la siffle. Dany tente alors de répondre : « L’étoile jaune, c’est autre chose, ne mélangeons pas tout. Et si tu m’invites à un débat contradictoire avec Mme Buffet et M. Krivine, je viens. » Mais la pasionaria s’en va. Cohn-Bendit : « Reste, je vais te répondre. » Furieuse, elle lui lance avant de disparaître : « Non, je ne veux plus t’entendre. »
Un peu plus tard, au cours du débat, une jeune étudiante, moins agressive, revient à la charge. « En terminale, on nous a appris qui vous étiez en Mai 68, alors je suis étonnée de vous voir là, et de vous entendre parler seulement d’économie... » Devant micros et caméras, l’ex-leader étudiant, aujourd’hui partisan du oui, avait déjà largement répondu, plus amusé que déstabilisé, au procès en « traîtrise » qui lui est fait, principalement par l’extrême gauche.
« J’ai souvent été un traître dans ma vie, et ça ne me dérange pas. J’ai retourné ma veste en 1972 en Israël, quand j’ai demandé la création d’un Etat palestinien. J’ai retourné ma veste en Bosnie quand j’ai demandé l’intervention militaire. Le problème n’est pas de savoir si je suis un traître, mais si ce que je dis est vrai, ou pas. »
Les accusations d’Alain Krivine, son ex-camarade des barricades, lui reprochant d’avoir viré de bord, le font sourire. « C’est vrai, lui n’a pas changé, ironise Dany. Krivine, c’est un Mai 68 à l’endroit. Il était trotskiste, il est toujours trotskiste. Mais Trotski en 1920 disait qu’il faut des camps de concentration pour les ouvriers qui n’obéissent pas... »
Barnier, aux côtés de Cohn-Bendit sans cesse interpellé sur son passé, ou tentant de convaincre des jeunes que le traité est « le plus social de tous les traités précédents », se fait voler la vedette. Pas rancunier, le ministre lance au détour du débat à l’ex-Dany le rouge : Elle a eu tort de partir, la dame. « Tu n’as pas tellement changé, finalement... » »
Nathalie Segaunes |